Enseignement: Langues régionales et discrimination en France

langues régionales et discrimination en france

Savez-vous qu’il existe une dizaine de langues régionales parlées et plusieurs accents distincts en France ? en voilà une liste :

  • La langue basque, langue traditionnelle du peuple autochtone des Basques, parlée au Pays basque. C’est le seul isolat encore vivant parmi toutes les langues en Europe,
  • Le breton, langue régionale ou minoritaire de la région Bretagne. Elle est classée comme « langue sérieusement en danger » selon l’Unesco,
  • Le catalan, forme de langue romane issue du latin vulgaire. Elle est parlée par environ 10 millions de personnes dans la partie orientale de l’Espagne,
  • Le corse, une langue romane très proche du toscan, appartenant au groupe italo-roman et des dialectes d’Italie centrale,
  • Les dialectes allemands d’Alsace et de Moselle (alsacien et francique mosellan), forment un continuum dialectal allant du Luxembourg à l’Alsace et les différences sont très progressives.
  • Le flamand occidental, est un ensemble de dialectes du néerlandais. Il est parlé dans diverses parties des Pays-Bas, de la Belgique et de la France,
  • Le franco-provençal, est une langue romane, parlée en Suisse et en Italie. C’est l’une des langues distinctes du groupe linguistique gallo-roman. L’expression franco-provençal vient du fait qu’elle soit située, géographiquement, entre les deux régions.
  • Langues d’oïl, est une langue romane qui regroupe une grande partie des parlers d’une moitié Nord de la France, ainsi que ceux du sud de la Belgique (Belgique romane), de Suisse romande et des îles Anglo-Normandes (bourguignon-morvandiau, champenois, franc-comtois, gallo, lorrain, normand, picard, poitevin-saintongeais (poitevin, saintongeais), wallon).
  • Occitan ou langue d’oc (gascon, languedocien, provençal, auvergnat, limousin, vivaro-alpin). C’est une langue du tiers sud de la France, les Vallées occitanes (Piémont et Ligurie) et Guardia Piemontese (Calabre) en Italie, le Val d’Aran (Catalogne) en Espagne et à Monaco.
  • Parlers liguriens, est un groupe de parlers gallo-italiques de Ligurie, dans les zones autour du Piémont, de l’Émilie-Romagne, de la Toscane et de la haute vallée de la Roya, et dans les anciennes colonies de la République de Gênes comme Monaco, Ajaccio, Bonifacio, Calvi ou encore les îlots de San Pietro et Sant’Antioco, en Sardaigne.

Toutes ces langues sont très peu connues et ont même tendance à disparaitre à cause de la glottophobie. Mais alors qu’est-ce que la glottophobie ? Comment l’identifier ? et comment y faire face ?

La glottophobie :

C’est une xénophobie qui pousse à mépriser la langue de l’autre. C’est aussi la discrimination fondée sur la langue résultant de la domination économique et politique d’une langue sur les autres.
En d’autres termes, la glottophobie désigne les discriminations linguistiques, ou le processus qui exclut ou stigmatise quelqu’un ou un groupe de personnes pour des raisons linguistiques.

Philippe Blanchet, sociolinguiste français, enseignant-chercheur à l’Université de Rennes 2, dit à ce sujet : « on discrimine, on stigmatise des parties de la population à partir de leurs usages linguistiques »,

La glottophobie est un terme qui s’est propagé dans les milieux militants français. Une glottophobie qui redouble et qui met l’accent sur d’autres discriminations sociales.
Pour combattre la glottophobie, il faut corriger la stigmatisation de et par la langue, dès l’école.

Identifier la discrimination linguistique :

Cela n’est pas évident, mais la discrimination n’est pas seulement le rejet de l’autre pour sa couleur de peau, sa religion ou son sexe, mais aussi pour la langue.
Ce n’est pas courant comme phénomène, mais il existe réellement surtout chez les personnes parlant une langue étrangère ou régionale.

Ce type de discrimination n’est pas connue mais n’est pas légal, puisque c’est une forme de ségrégation observée dans la plupart des sociétés.

Il existe deux formes de discrimination linguistique :

La première est quand une personne ne parle pas couramment la langue du pays dans lequel elle se trouve. Elle subit alors, un rejet en raison de sa mauvaise prononciation et de sa difficulté à comprendre et se faire comprendre.
La seconde est le cas d’une personne qui parle une langue régionale et se trouve obligée d’utiliser une autre langue (officielle ou majoritaire) à l’oral et à l’écrit. En effet, sa langue n’est pas reconnue comme langue correcte, formelle ni importante.

Bien qu’interdite par l’article 2 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, la discrimination linguistique demeure très mal identifiée et rarement sanctionnée. Pourtant, elle présente une forme d’exclusion des victimes dont l’identité est souvent rejetée, puisque les langues qu’on parle sont constitutives de la personne, de son identité individuelle et de ses appartenances collectives.

Comment se manifeste la discrimination linguistique ?

Les discriminations linguistiques sont largement ignorées ou perçues comme normales, alors que le rejet par la langue peut être visible très tôt, chez les petits écoliers, lorsqu’à l’école, l’instit essaye de corriger une prononciation due à un accent déjà acquis.

Effectivement, il y a une idéologie, à l’école française selon laquelle on est là non seulement pour corriger la langue et ses éléments de base, mais aussi pour leur apprendre une façon de parler qu’on juge meilleure et supérieure !

Par ailleurs, on a tous entendu, au moins une fois, un professeur écorcher la prononciation d’un nom ou d’un prénom et en rire, par manque de respect et de courtoisie…

La discrimination linguistique se manifeste aussi chez les adultes, quand certains sujets se voient refuser un poste de travail ou un contrat de location à cause de leur accent non commun. Ces victimes peuvent aller jusqu’à se voir refuser l’accès à leurs droits fondamentaux tels que les soins, les urgences d’un hôpital, l’accès à l’éducation, la participation à la vie démocratique, l’acquisition d’un document d’état civil à la mairie… Tout cela parce qu’elles parlent une autre langue ou qu’elle ne parle pas bien le français.

Les effets de la discrimination linguistique :

Les discriminations linguistiques sont quasiment absentes dans les textes juridiques français, ce qui laisse croire qu’elles seraient légalement permises.

La France n’est pas le seul pays européen à voir ce phénomène. La glottophobie ne connaît pas de frontières et de nombreux pays dans le monde voient leur langue s’effacer par souci d’unicité. La langue officielle efface les langues régionales dans la vie publique, politique, médiatique, culturelle… par exemple :

  • en Iran, le guilaki est dénigré face au persan,
  • En chine, le mandarin est plus utilisé que les autres dialectes,
  • L’Australie, interdisait aux Aborigènes d’utiliser leurs quelque 400 langues,
  • Aux Etats-Unis, on compte aujourd’hui moins de 150 langues indiennes, alors que le territoire en comptait plusieurs centaines avant l’arrivée des Européens,
  • En Egypte, les arabes avaient supprimé le copte…

Or, toutes langues du monde entier, aussi petites soient elles, sont une création humaine extraordinaire. Elles contiennent et expriment toute une culture, alimentée au fil du temps par le patrimoine et les traditions de chaque communauté humaine.

En France, les populations immigrées ou d’origine immigrée venues du Maghreb ou d’Afrique subsaharienne sont les plus concernés par la stigmatisation linguistique.

Les jeunes, dans les quartiers populaires de France, sont souvent refoulés pour leur difficulté à s’exprimer en langue officielles mais aussi pour leur couleur de peau, leur religion ou leur, leurs origines… on leur reproche de ne pas parler parfaitement, d’être bilingue (surtout quand la deuxième langue est africaine ou maghrébine) ou de parler une autre langue que le français à la maison. Tout cela fait un cumul de discriminations qui va embarrasser la victime et l’insécuriser. Dans la prise de parole, ce phénomène va provoquer des handicaps tels que mutisme, bégaiement, timidité… en effet, si l’enfant est interrompu, arrêté, critiqué, repris… à chaque fois qu’il prend la parole, il va se replier sur lui-même et ne fera plus l’effort de s’exprimer.

L’effet de cette discrimination va se refléter sur les relations sociales

Il va y avoir un premier échec dans l’éducation, puis un obstacle pour avoir accès à ses droits, et par la suite ces mêmes gens ne peuvent plus porter plainte contre la discrimination puisqu’ils n’osent plus prendre la parole ni s’exprimer.

L’hégémonie :

S’il n’y a pas de dégâts provoqués par les discriminations linguistiques sont vécues comme une domination normale et bénéfique pour le bien-être et la bonne intégration dans la société. Le sujet ne voit plus de mal à la contrainte, subit et reproduit ce qu’il pense être une bonne chose pour lui. Evidemment, il ne pensera pas à remettre en question cette chose de la vie. L’hégémonie finit par légitimer la domination des actes à reproduire, sans qu’ils soit contestés. Ces actes sont considérés naturels et importants. Elle masque les inégalités et les injustices qui ne devraient pas avoir lieu.

L’idéologie du monolinguisme et de la suprématie du français engendre des manifestations de mépris, de haine, d’agressions, de rejets ou d’exclusion des personnes qui parlent une langue, considérée non légitime, incorrecte, mauvaise et non acceptable.

Cette idéologie est une conviction collective qui filtre et organise une certaine perception des vécus et des idées qui pourraient la contredire. C’est une croyance, qu’on ne peut que faire respecter quand on a des leviers de pouvoir social, notamment l’école, la religion, les centres culturels, les lieux d’expression, la législation, les médias…

Certaines victimes font fi de leur langue régionale et l’abandonnent pour mieux s’intégrer dans la société. Ils deviennent des garants glottopolitiques et des acteurs, aux côtés de ceux et celles qui en retirent des bénéfices. Ils adhèrent inconsciemment à un projet de dissociation entre langue et société. Les formes linguistiques ne sont plus en harmonie avec les formes d’existence individuelle et collective

La lutte contre la glottophobie :

Il a déjà été déposé, au parlement français, une proposition de loi de lutte contre la glottophobie qui fait parler, dans tous les accents de France et de Navarre. Le député qui a fait la déposition est languedocien et a évoqué les discriminations à l’embauche, de moqueries, de mépris parisien, de standardisation.

Les valeurs humaines ne sont pas une simple posture commerciale, mais plutôt des piliers !

Chacun de nous a des passions, une culture, un milieu d’origine ou une langue. La langue est un élément important de notre identité que personne n’a le droit de violer. Il faut l’arborer fièrement !

Il ne faut surtout pas se laisser exclure à cause d’une appropriation de la langue qui s’éloigne des normes sociales. D’autant plus qu’il ne faut jamais rejeter un accent, sous peine de rejeter toute une origine, sociale ou une géographique. Les discriminations sont graves et les conséquences peuvent être dramatiques.

Est-ce qu’une loi contre une telle phobie est une solution ? si oui, ce remède ne serait-il pas pire que le mal ?

La tache n’est pas facile quand il s’agit d’aller à l’encontre d’une idéologie linguistique et politique réalisée à tous les niveaux et en même temps. Il va aussi falloir lutter contre les intérêts de certains privilégiés, qui savourent évidemment, la revanche.

Pour commencer, les lois sur les discriminations doivent être transformées. Le Canada est le meilleur exemple à suivre quant aux systèmes juridiques, sociaux, éducatifs…

Le système éducatif doit être revu et les éducateurs doivent mettre l’accent sur l’acceptation et la valorisation de la pluralité linguistique.

Les médias ont aussi un rôle important dans l’éducation des gens en diffusant des analyses scientifiques (conférences, interviews) pour aller contre les croyances. Il faut apprendre aux gens qu’une langue n’est pas unique mais diverse !

Il faut aussi mettre en œuvre les droits linguistiques dans toutes les institutions et administrations.
Chaque individu doit essayer de développer des pratiques linguistiques alternatives quand l’occasion se présente.

Quand il est en publique il doit s’exprimer dans un français facile où il essaye d’introduire des mots ou des expressions d’autres langues. Des fois il y a des mots étrangers qui sont plus expressifs que leurs synonymes en français.

D’un autre côté, il faut être réceptif et savoir se comporter correctement au quotidien. Autrement dit, il ne faut pas avoir des jugements absolus et arbitraires sur les langues régionales ou sur la façon de prononcer des autres.
Il faut arriver à diffuser une autre éthique linguistique, que les gens aient des valeurs renouvelées à propos des langues et de la parole des gens.

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